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Pourquoi faut-il réinventer le numérique ? Un guide pour les DSI

Dans cet article, nous avons choisi de nous concentrer sur un seul pilier de la transformation du numérique : l’environnement. Il y a bien d’autres sujets à aborder sur le numérique de demain, notamment sur le plan social et sociétal mais nous pensons que ne sommes pas les plus pertinents pour en parler. L’impact du numérique sur le climat est, en revanche, un sujet que nous maîtrisons plutôt bien.

On va en parler

On ne va pas en parler

Les risques environnementaux

La fracture numérique

Les scénarios envisagés pour 2030

Le monopôle des GAFAM

La dépendance aux énergies fossiles

L’exploitation des enfants dans les mines

Les solutions pour les entreprises

Les conseils pour émettre moins en tant qu’individu

Les avantages d’un bilan carbone spécifique au numérique

Un cas client

À partir des années 2000, le numérique s’est imposé dans nos sociétés occidentales jusqu’à devenir un incontournable. Au départ, il supplantait l’informatique et évoluait comme une amélioration technique de nos outils : la TV, la radio, le son, l’analyse médicale… Puis il est devenu indispensable à notre quotidien. Il a changé peu à peu notre façon d’apprendre, de nous soigner, de nous déplacer, de nous divertir. La pandémie du COVID 19 a accéléré cette évolution. Il transforme désormais tous les métiers et façonne notre imaginaire. Un futur sans voiture autonome et intelligence artificielle est-il envisageable ? Pas sûr…

La transformation numérique de nos sociétés est d’autant plus forte qu’elle est souvent perçue comme une solution pour décarboner d’autres secteurs. À raison. Optimisation énergétique, villes et maisons intelligentes, maintenance à distance et prédictive… de nombreux bénéfices peuvent être apportés par le numérique dans les secteurs de l’agriculture, des bâtiments ou encore de l’énergie. Mais à quel prix ? Il ne faut pas oublier qu’il a lui-même un impact carbone et environnemental. Le numérique n’est pas immatériel, invisible. Le cloud n’est pas dans le ciel comme pourrait le sous-entendre son nom, mais bien sur Terre, dans les datas centers.

Partant de ce constat, le numérique peut-il être une solution viable à la décarbonation de l’agriculture ou des bâtiments ? La transformation numérique et environnementale peuvent-elles aller dans la même direction ?

La réponse n’est pas évidente. En tout cas, il est certain que le numérique de demain doit être compatible avec la régénération de notre planète et doit pouvoir s’adapter aux conséquences du réchauffement climatique.  

La réalité derrière le numérique

Pour rappel, le numérique représente aujourd’hui 3 à 4% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde et 2,5% de l’empreinte carbone nationale. Une part non négligeable quand on sait que le secteur connaît une croissance exponentielle. Si nous ne questionnons pas son impact, le secteur pourrait émettre +60% de GES d’ici à 2040, soit 6,7% des émissions GES nationales.

 

 

Le numérique aurait malgré tout un avantage considérable sur les autres secteurs. Certes il émet beaucoup de GES. Plus que l’aérien même, qui ne représente que 2,5% des émissions nationales (même si on parle plutôt d’une contribution à 6% du réchauffement climatique…). Mais son déploiement à grande échelle et dans tous les secteurs peut permettre de décarboner les activités économiques. Son impact serait-il moindre sur le réchauffement climatique ? Pas sûr…

Avez-vous déjà entendu parler de l'effet rebond ? 🤔

C’est un principe économique qui ne se limite pas au numérique mais qui permet de questionner son rapport avec la transition écologique. L’effet rebond, dont le cas extrême est le paradoxe de Jevons peut être défini comme l’augmentation de consommation liée à la réduction des limites à l’utilisation d’une technologie. Les économies d’énergie ou de ressources initialement prévues par l’utilisation d’une nouvelle technologie sont partiellement ou complètement compensées à la suite d’une adaptation du comportement de la société. Autrement dit, nous continuons de consommer plus alors que nous devrions consommer moins grâce à la technologie.


Tout laisse à croire que le technosolutionnisme, c’est-à-dire l’idée selon laquelle la technologie peut à elle-seule résoudre la crise climatique, sans notion de sobriété, n’est qu’une illusion.

La polémique autour du déploiement de la 5G en France exprime parfaitement l’anticipation et les craintes de l’effet rebond. L’arrivée imminente de la 6G risque de faire débat.

Au-delà de l’effet rebond, le secteur du numérique est gourmand en minéraux et en énergies fossiles. Eh oui. Le secteur qui a fait naître le virtuel n’est pas moins dépendant des matières premières que les autres. Cette dépendance l’expose à des risques environnementaux, sociaux et géopolitiques.[1] Elle cache également un impact désastreux sur l’environnement.

Focus sur 3 problèmes liées à la dépendance minérale 🔎

Exploiter les mines pour le meilleur et (surtout) pour le pire 🏗️

La construction des terminaux utilisateurs, de type ordinateurs ou téléphones portables, nécessite l’extraction de matières premières spécifiques. Parmi les plus connues, nous pouvons citer l’indium, le gallium, le tantale, le néodyme et le germanium. Reconnues pour leur qualité et leur coût, elles sont devenues indispensables au secteur du numérique. Problème : ces matières sont des co-produits ou sous-produits, c’est-à-dire des substances qui ne sont pas présentes en quantité suffisante dans la croûte terrestre pour justifier à elle-seule une exploitation minière. 

La réalité de l'industrie minière qui est nécessaire au secteur du numérique

En demandant l’extraction de ces éléments, le secteur du numérique contribue à l’industrialisation massive des mines. Il encourage donc des pratiques dangereuses et nocives pour l’homme et l’environnement, en utilisant des produits chimiques qui polluent les cours d’eau et qui empoisonnent les populations locales par exemple. Il est également complice de la destruction des sols, de la déforestation et participe au dépassement des limites planétaires. Pas terrible.

Condamner la fin de vie des matières premières ♻️ 🚮

L’extraction et le raffinage des métaux n’est pas le seul problème de l’industrie minière. Le secteur rencontre de grandes difficultés à gérer ses déchets. Les matières premières ne sont aujourd’hui ni recyclées, ni recyclables, avec un taux de recyclage en fin de vie inférieur à 1%. La plupart des déchets sont reversés dans la nature, sans traitement de fin de vie, condamnant l’environnement à proximité des mines. Pour donner un exemple concret, l’entreprise américaine Freeport, l’un des principaux producteurs mondiaux de cuivre et d’or, déverse chaque année 87,6 millions de tonnes de résidus chargés en plomb et en arsenic dans le fleuve Ajkwa

Déchets électroniques (non recyclables)

Exploiter les ressources minérales jusqu'à l'épuisement 💎

Le secteur du numérique est en pleine croissance. estime que les éditeurs et plateformes cloud ont augmenté de 11,3% en 2022. « En 15 ans, le marché du numérique a connu une belle trajectoire de croissance et connaît cette année encore une forte dynamique, laquelle est stimulée par la transformation numérique des organisations. » Cette croissance implique une augmentation accrue de l’exploitation des minéraux. « D’ici 2050, pour répondre aux projections de demandes, la quantité de métaux requis pourrait représenter 3 à 10 fois les volumes de production actuels. Il faudrait donc produire plus de métaux au cours des 35 prochaines années que la quantité cumulée produite depuis l’Antiquité.

À mesure que la demande augmente, les risques d’épuisement des ressources vont augmenter. Le réchauffement climatique est également un facteur de risque important. Les canicules et inondations peuvent impacter directement le coût de maintenance comme ce fut le cas au Pays-Bas, en août 2022. Il est donc urgent de questionner l’exploitation massive des minéraux et d’adopter des politiques d’éco-conception et de sobriété.

Les outils pour comprendre et mesurer l'impact du numérique

Maintenant que nous savons ce qui se cache derrière le numérique, nous devons faire le tour des outils qui permettent de mesurer son impact.

Il peut être utile de faire un zoom sur l’empreinte carbone du numérique en plus de son bilan carbone global 🔎

Le Bilan Carbone est un outil formidable. Il permet de mesurer l’impact environnemental global d’une organisation sur les scopes 1, 2 et 3. Il donne également des indicateurs clés pour réduire les émissions GES et pour limiter la dépendance des activités d’entreprise aux énergies fossiles. Toutefois, il a ses limites…

  • L’exercice du Bilan Carbone est souvent long et fastidieux.
  • Il nécessite des ressources humaines et financières pour provoquer une transformation durable de l’entreprise.
  • Il est possible de mesurer l’impact du numérique interne à l’organisation mais il est souvent complexe d’aller dans le détail sur ses dépendances externes.

 

À l’heure où le numérique représente 4% des émissions GES mondiales et transforme profondément les entreprises, il peut être utile de faire un zoom sur son empreinte carbone.

Quels sont les avantages d’un bilan carbone spécifique au numérique ? 👍

  • Anticiper l’augmentation de votre impact carbone avec la numérisation de vos activités
  • Limiter la dépendance des DSI sur leurs fournisseurs et mettre en mouvement la chaîne de valeur
  • Lancer une démarche de réduction globale des émissions GES de votre entreprise avec des acteurs motivés (DSI)

 

⚠️ Un bilan carbone du numérique n’a pas ou peu de valeur s’il n’est pas aligné à la stratégie climat de l’entreprise. Il doit nécessairement donner suite à un plan d’action pour réduire les émissions GES de l’organisation.

Il est nécessaire de mobiliser tout le secteur pour réduire ses émissions GES 🤝

Comment le mobiliser ? Il faut déjà distinguer les différentes parties prenantes et définir leurs besoins avant de trouver les moyens de les mettre en action.

À qui avons-nous affaire dans le secteur du numérique ? Nous pouvons diviser le secteur en 3 catégories.

Les fournisseurs 🏗️

Les dirigeants et les équipes 👔

Les utilisateurs 📱

Les entreprises qui ont des activités dans le domaine du Cloud, des moteurs de recherche et des market places.

Les équipes qui garantissent l’évolution, la fiabilité et la sécurité des systèmes d’information (DSI) et qui vendent des produits et services numériques.

N’importe quelle personne physique qui utilise les produits et services numériques.

Ces 3 acteurs du numérique ont des besoins et des responsabilités différentes, vis-à-vis des objectifs climatiques.

  1. Les fournisseurs ont besoin d’identifier, d’analyser et traiter les risques liés au numérique (cybersécurité, pénuries de matériaux, environnement etc…). Ils ont donc la responsabilité de mesurer leur impact et d’être transparent sur les risques encourus. Aujourd’hui, les fournisseurs manquent à l’appel. Selon une étude menée par le Carbon Disclosure Project (CDP) en collaboration avec le Boston Consulting Group (BCG), « 80% des fournisseurs interrogés ne reportent pas les émissions de leur propre chaîne d’approvisionnement« .
    Il faut donc les solliciter davantage et exiger plus de transparence des données. Il est par exemple possible de créer un questionnaire destiné aux fournisseurs dans l’exercice du bilan carbone. Plusieurs outils permettent de générer automatiquement ces questionnaires.

  2. Les dirigeants et les équipes au sein des ESN ont besoin de comprendre les principaux impacts environnementaux du numérique sur l’ensemble du cycle de vie de nos usages. Ils ont la responsabilité de créer des offres éco-conçues et de promouvoir les bonnes pratiques prioritaires à l’échelle de l’individu et celles à l’échelle de l’organisation.

    Comment les sensibiliser sur les enjeux climatiques spécifiques au numérique ? Nous pouvons citer la fresque du numérique bien sûr. Une déclinaison de la fresque du climat dédié aux enjeux du numérique. Il existe également plusieurs outils en licence libre et en libre accès, énumérés sur la page du gouvernement : 

  3. Les utilisateurs de produits et services numériques ont besoin de connaître les impacts environnementaux du numérique liés à son usage. Ils ont la responsabilité de consommer les produits et les services avec sobriété.

    Comment éduquer les utilisateurs à la sobriété numérique ? Les campagnes de sensibilisation sont un bon moyen de transmettre les informations aux utilisateurs, sans jugement. En octobre dernier, Orange lançait une campagne en partenariat avec le Gouvernement pour accompagner les Français dans l’adoption des écogestes. Il est également possible d’utiliser le nudge marketing (marketing incitatif). Le but de cette discipline est d’inciter un individu à agir d’une certaine manière sans jamais chercher à le contraindre. 

3. Des pistes concrètes pour passer à l’action

Une fois que vous avez pris conscience de l’impact du numérique sur l’environnement, vous avez sûrement envie de passer à l’action… Voici 3 conseils à appliquer afin de définir votre stratégie pour un numérique responsable :

1. Interpréter des données avec des experts 🧑‍🔬

Avant toute chose, il faut analyser les données carbone de votre organisation. Qu’est-ce qui émet le plus ?  Prenons l’exemple d’un Bilan Carbone du Numérique fictif (représentatif d’un Bilan carbone du numérique pour une entreprise de services).
Les postes d’émission les plus significatifs sont les intrants (achats de consommables ou prestations de services dans l’année) et les immobilisations (achats amortis sur plusieurs années). Si on fait un zoom sur les immobilisations, on peut voir que ce sont les équipements utilisateurs qui représentent (de loin) la majorité des émissions carbone.

 

On pourrait penser que ces données globales suffisent à lancer un plan d’action de réduction. Pourtant, il manque des informations pour provoquer un changement dans votre organisation. Il est donc nécessaire d’interpréter les données dans le détail avec un expert en stratégie bas carbone et numérique responsable.

2. Suivre les scénarios de l’ADEME 📉

L’impact environnemental du numérique peut-être atténué de plusieurs manières : l’éco-conception et la sobriété. L’éco-conception est une réflexion en amont de l’utilisation d’un produit ou d’un service alors que la sobriété agit sur l’existant. L’ADEME a créé des scénarios qui permettent de comparer les différents moyens de réduire l’empreinte carbone du numérique (voir ci-dessous).

Les 4 scénarios prospectifs de l’impact environnemental du numérique en 2030, comparés à 2020, selon 3 principaux critères (sur tout le cycle de vie). Source : ARCEP

Ces scénarios sont très utiles pour établir votre plan d’action. Ils permettent de donner des ordres de grandeur à des tendances du secteur, et d’orienter vos actions en fonction de votre stratégie climat.

3. Établir un plan d’action adapté à votre organisation

Il existe de nombreuses documentations fiables, produites par l’ADEME et l’ARCEP notamment, pour vous donner des idées d’actions de réduction. C’est le cas du Guide des bonnes pratiques du numérique responsable pour les organisations. Nous pouvons citer entre autres :

  • La sensibilisation des collaborateurs au numérique responsable
  • La réduction du nombre d’équipements
  • La réduction du volume de données stockées

Le guide compte plus de 50 bonnes pratiques allant de la stratégie et gouvernance à la fin d’usage en passant par la sensibilisation et formation, la mesure et l’évaluation ou encore les achats durables et responsables. Vous pouvez largement vous inspirer de ces actions pour définir votre plan d’action. Toutefois, vous devez établir un plan adapté à votre organisation.
Il est important que vos leviers d’actions soient :

  • Actionnables dans votre structure (maturité nécessaire pour qu’il n’y ait pas d’effort inutile)
  • Significatifs (permettent de réduire significativement les émissions du numérique)


Sans ces paramètres, le plan d’action risque de ne pas être pertinent et de ne donner aucun résultat. À quoi sert un plan d’action si l’objectif de réduction n’est pas atteint ? 

Désormais, vous avez toutes les cartes en main pour construire le numérique de demain. 

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